Ce qu’un thérapeute a le droit de dire sur son site internet (ecercice illégal de la médecine)
- Réglementaire
Pourquoi cette question se pose spécifiquement pour les thérapeutes
L’absence de cadre ordinal pour les pratiques non conventionnelles
Contrairement aux professions médicales réglementées, la majorité des thérapeutes exercent hors d’un ordre professionnel reconnu par l’État. Il n’existe pas d’instance unique chargée de définir précisément ce qui peut ou ne peut pas être affirmé dans leur communication.
Cette absence de cadre clair ne signifie pas une liberté totale. Elle crée au contraire un espace flou, dans lequel le thérapeute est seul responsable de la manière dont il se présente, décrit sa pratique et formule ses propos.
Sur un site internet, cette responsabilité est renforcée : les mots restent, circulent, sont interprétés sans contexte relationnel. Là où, en cabinet, une nuance peut être expliquée oralement, en ligne elle devient une affirmation figée.
La confusion fréquente entre accompagnement et acte médical
Une grande partie des difficultés vient d’une confusion, parfois involontaire, entre ce qui relève de l’accompagnement et ce qui relève de l’acte médical.
Beaucoup de thérapeutes n’ont aucune intention de se substituer à un médecin. Pourtant, certains termes, certaines formulations ou certaines promesses peuvent donner l’impression inverse.
Parler de diagnostic, de traitement, de guérison ou de pathologie installe immédiatement une lecture médicale du discours, même si ce n’est pas l’objectif recherché.
Le rôle du thérapeute n’est pas de reprendre le vocabulaire de la personne accompagnée tel quel, mais de poser un cadre clair sur ce qu’il fait — et sur ce qu’il ne fait pas.
Les risques réels liés à une communication imprécise en ligne
Une communication imprécise n’est pas qu’un problème théorique ou juridique. Elle peut avoir des conséquences concrètes.
Sur le plan légal, certaines formulations peuvent être assimilées à ce que le droit qualifie d’exercice illégal de la médecine, même lorsque le thérapeute n’en a ni l’intention ni la conscience.
Sur le plan éthique, elles peuvent créer de faux espoirs ou des malentendus sur la nature de l’accompagnement proposé.
Mais le risque le plus fréquent est souvent plus simple : perdre en crédibilité.
Clarifier ce qu’un thérapeute a le droit de dire sur son site internet n’est donc pas une contrainte administrative. C’est une démarche de cohérence et de protection.
Ce que la loi interdit clairement à un thérapeute non médecin
Le diagnostic médical : une limite juridique nette
Un thérapeute non médecin n’a pas le droit d’établir un diagnostic médical.
Le diagnostic relève exclusivement du champ médical tel que défini par le Code de la santé publique et la jurisprudence.
Sur un site internet, cela signifie qu’un thérapeute ne peut pas affirmer qu’il identifie des maladies, qu’il détecte des troubles médicaux ou qu’il pose une lecture clinique de l’état de la personne.
C’est précisément ce franchissement — souvent involontaire — qui peut conduire à une qualification d’exercice illégal de la médecine.
Le traitement des maladies et la promesse de guérison
La loi interdit également à un non-médecin de prescrire, proposer ou appliquer un traitement à visée curative ou préventive.
Parler de « traitement », de « guérison » ou de disparition d’une pathologie engage une responsabilité juridique forte.
En droit, ce type de discours ne relève pas d’un simple excès de langage : *il peut constituer un élément caractéristique de l’exercice illégal de la médecine.
L’usage des titres, statuts et présentations trompeuses
La loi interdit toute présentation susceptible de créer une confusion avec une profession médicale réglementée.
Le problème n’est pas l’intention, mais l’interprétation possible par une personne extérieure.
Un site internet doit refléter une réalité simple : un thérapeute accompagne, il ne soigne pas au sens médical du terme.
Les zones grises : ce qui n’est pas interdit mais doit être manié avec rigueur
Peut-on parler de « patient » sur son site internet
Le terme n’est pas explicitement interdit, mais il n’est pas neutre.
Pris isolément, il ne suffit généralement pas à caractériser un exercice illégal de la médecine.
Mais combiné à d’autres formulations, il peut contribuer à une lecture globale problématique du discours.
Les termes « soin », « traitement », « thérapie » : usages et glissements possibles
Le droit ne fonctionne pas par listes de mots interdits, mais par intention, contexte et effet produit.
Parler de traitement dans un cadre non médical peut suffire à créer un glissement juridique.
La rigueur ne consiste pas à s’autocensurer, mais à choisir un vocabulaire cohérent avec la réalité de la pratique.
La différence entre bilan, évaluation et diagnostic
La loi interdit le diagnostic médical, mais pas l’évaluation ou le bilan à condition qu’ils ne s’apparentent pas à un acte médical.
Un bilan d’accompagnement n’identifie pas de maladie, ne s’appuie pas sur des examens médicaux et ne remplace pas un avis médical.
Ce qu’un thérapeute peut dire légitimement sur sa pratique
Décrire son approche sans revendiquer un acte médical
Un thérapeute a pleinement le droit de décrire ce qu’il fait, à partir de son propre champ d’intervention.
Ce qui compte n’est pas la sophistication du discours, mais sa cohérence avec la réalité du cabinet.
Parler d’accompagnement, de processus, de mieux-être
Accompagner, ce n’est pas soigner une maladie.
C’est proposer un cadre, une démarche, un espace.
Le mieux-être n’est pas une promesse de guérison. C’est un horizon subjectif
Présenter son cadre de travail, ses limites et son positionnement
Dire que l’accompagnement ne se substitue pas à un suivi médical renforce la crédibilité.
Assumer ses limites ne fragilise pas la pratique, elle la rend lisible.
Le rôle du langage dans la conformité et l’éthique professionnelle
Pourquoi le vocabulaire n’est jamais neutre
Un mot engage une lecture, une attente, une projection.
Le vocabulaire engage donc une responsabilité professionnelle.
Champ lexical du bien-être vs champ lexical médical
Mélanger les deux registres crée une ambiguïté immédiate.
Un thérapeute peut être rigoureux sans emprunter le langage de la médecine.
Ce que viennent réellement chercher les personnes accompagnées
Un discours clair rassure.
La relation commence souvent avant la première séance, au moment de la lecture du site.
Comment sécuriser concrètement le contenu de son site internet
Les pages les plus sensibles : accueil, pratiques, FAQ
Toutes les pages d’un site n’ont pas le même poids juridique ni le même impact interprétatif. Certaines sont particulièrement sensibles, car elles concentrent l’essentiel du discours et sont souvent lues hors contexte.
La page d’accueil est la première. En quelques phrases, elle pose le cadre de la pratique. Une formulation imprécise, trop médicalisée ou trop ambitieuse peut suffire à installer un malentendu durable.
Les pages décrivant les pratiques ou les accompagnements sont tout aussi exposées. C’est là que les glissements de vocabulaire sont les plus fréquents, notamment lorsqu’il s’agit d’expliquer ce que l’on fait concrètement. Le choix des mots, mais aussi la manière de structurer l’information, peut orienter la lecture vers un champ qui n’est pas celui de la pratique réelle.
Enfin, la FAQ mérite une attention particulière. Les questions posées par les internautes sont souvent formulées en langage médical. Les reprendre telles quelles sans les recadrer revient à valider ce vocabulaire. Une réponse rigoureuse ne consiste pas à éviter la question, mais à la reformuler implicitement par la réponse.
Mentions légales, avertissements et formulations utiles
La sécurisation d’un site internet ne repose pas uniquement sur le contenu éditorial principal. Les mentions légales et les formulations de cadrage jouent un rôle essentiel.
Indiquer clairement que l’accompagnement proposé ne se substitue pas à un suivi médical, qu’il ne relève pas d’un acte de soin au sens médical du terme, ou qu’un avis médical est nécessaire dans certaines situations permet d’éviter les interprétations abusives.
Ces mentions n’ont pas vocation à effrayer ni à se dédouaner. Elles servent à rappeler un cadre, de manière sobre et intelligible. Placées au bon endroit, elles participent à la clarté globale du site et protègent autant le thérapeute que la personne qui lit.
Cohérence globale entre discours, posture et réalité de la pratique
Un site internet ne se sécurise pas par une accumulation de précautions isolées. C’est la cohérence d’ensemble qui fait la différence.
Le vocabulaire, les exemples, la manière de se présenter, les images choisies et les mentions légales doivent raconter la même chose : une pratique d’accompagnement, à sa juste place.
Dans la majorité des situations problématiques, ce n’est pas un mot isolé qui pose difficulté, mais l’accumulation d’indices pouvant, ensemble, faire basculer une communication vers le champ de l’exercice illégal de la médecine.
Un discours cohérent est plus protecteur qu’un discours défensif. Il reflète une posture professionnelle assumée, lisible et stable.
Communiquer de manière juste sans se censurer
Dire ce que l’on fait, sans dire ce que l’on ne fait pas
Une communication juste ne consiste pas à se restreindre au silence par crainte de mal dire. Elle consiste à nommer précisément ce qui est fait, à partir de la réalité de la pratique.
Un thérapeute n’a pas à emprunter le langage médical pour être crédible. Il n’a pas non plus à s’excuser de ne pas être médecin. Dire ce que l’on fait, c’est décrire son cadre, son approche, son intention d’accompagnement, sans se définir par opposition à la médecine.
Éviter certains termes ne revient pas à appauvrir le discours. Cela permet au contraire de gagner en précision et en cohérence. Ce qui n’est pas dit n’a pas besoin d’être nié s’il est simplement hors du champ.
Clarifier ses limites comme élément de confiance
Poser des limites claires est souvent perçu comme une faiblesse. En réalité, c’est l’un des fondements de la confiance.
Un site internet qui explicite ce qu’un accompagnement peut apporter — mais aussi ce qu’il ne peut pas remplacer — permet à la personne de s’engager en connaissance de cause. Cette clarté protège des projections excessives et des attentes irréalistes.
Dire qu’un suivi médical peut être nécessaire, que certaines situations ne relèvent pas de l’accompagnement proposé, ou que les résultats varient selon les personnes n’est pas un aveu d’impuissance. C’est une posture professionnelle responsable.
Assumer une communication responsable dans l’intérêt de tous
La communication d’un thérapeute ne concerne pas uniquement son activité. Elle engage une représentation plus large du métier.
Chaque site internet participe à la manière dont les pratiques d’accompagnement sont perçues collectivement. Une communication rigoureuse, claire et éthique renforce la crédibilité de l’ensemble de la profession.
Assumer une communication responsable, ce n’est pas se conformer par peur de la sanction. C’est faire le choix de la justesse, pour soi, pour les personnes accompagnées et pour le cadre dans lequel la pratique s’inscrit.
Dire ce que l’on fait, à la bonne place, avec les bons mots, n’est pas une contrainte. C’est une manière de tenir sa posture, y compris en ligne.