Comment les patients choisissent leur thérapeute sur internet


Deux logiques de choix, mais une seule réellement dominante

Le choix par affinité ou notoriété : un cas minoritaire

Lorsqu’on observe la manière dont les patients choisissent un thérapeute, une première logique apparaît : celle de l’affinité préalable. Le patient connaît déjà le praticien, le suit sur les réseaux sociaux, a lu ses contenus, ou l’a découvert par recommandation indirecte. Dans ce cas, le choix précède la recherche. La personne sait vers qui elle veut aller avant même d’ouvrir un moteur de recherche.

Cette situation existe, mais elle reste marginale. Elle suppose un investissement important en visibilité, en production de contenu et en exposition publique. Construire une audience engagée demande du temps, de la constance et une posture publique assumée, ce qui ne correspond ni aux contraintes ni aux aspirations de la majorité des thérapeutes.

Construire une audience : un travail long, incertain et peu représentatif

La construction d’une notoriété personnelle repose sur une logique cumulative. Elle implique de produire régulièrement du contenu, d’accepter une forme de mise en scène de sa pratique et de maintenir une présence continue dans le temps. Ce modèle fonctionne pour certains profils, mais il ne constitue pas une norme généralisable.

Surtout, il ne reflète pas le comportement majoritaire des patients. La plupart ne suivent pas de thérapeutes, ne consomment pas de contenus spécialisés sur la durée, et ne développent pas de lien préalable avec un praticien avant d’en avoir besoin.

Pourquoi cette logique ne concerne qu’une minorité de patients

Dans la majorité des situations, le besoin de soin apparaît avant la connaissance d’un thérapeute. Le patient ne cherche pas une personne qu’il apprécie déjà, mais une réponse à une difficulté concrète, dans un cadre géographique et temporel précis.

Le choix du thérapeute se fait donc après la recherche d’une solution, et non l’inverse. Ce renversement est central : il montre que la décision repose moins sur l’identité du praticien que sur la lisibilité de ce qu’il propose au moment où la question se pose.

C’est cette logique — largement dominante — qui structure aujourd’hui les parcours de recherche de thérapeutes sur internet, et qui explique le rôle central des moteurs de recherche dans ce processus.

Dans 82 % des cas, le choix d’un thérapeute commence sur internet

La recherche locale comme point d’entrée principal

Dans l’immense majorité des situations, le recours à un thérapeute débute par une recherche locale en ligne. Lorsqu’un patient cherche une solution, il cherche aussi un cadre : une ville, un quartier, une distance acceptable. Le besoin est concret, situé, et inscrit dans le quotidien.

Le chiffre est clair : 82 % des patients choisissent un praticien via internet lorsqu’ils recherchent une solution locale.
Cela signifie que le premier espace de rencontre entre le patient et le thérapeute n’est plus le cabinet, ni même le bouche-à-oreille direct, mais l’écran.

Chercher une solution avant de chercher une personne

À ce stade, le patient ne cherche pas “le bon thérapeute” au sens identitaire du terme. Il cherche une réponse possible à son problème. La personne arrive ensuite. Le moteur de recherche devient alors un outil de traduction : il transforme une difficulté vécue en une liste de propositions accessibles.

Ce point est essentiel. Le patient ne se demande pas d’abord qui consulter, mais quoi pourrait l’aider. Le thérapeute est choisi parce qu’il apparaît comme une réponse lisible, compréhensible et disponible dans ce contexte précis.

Internet comme espace de mise en concurrence immédiate

Cette recherche met instantanément les praticiens en concurrence, qu’ils le veuillent ou non. En quelques secondes, le patient accède à plusieurs propositions similaires, situées dans la même zone géographique, souvent pour des problématiques proches.

Contrairement à une recommandation directe, cette mise en concurrence ne passe pas par le discours d’un tiers, mais par un dispositif technique qui classe, ordonne et hiérarchise les réponses. Le choix ne se fait donc pas dans l’absolu, mais à l’intérieur de ce qui est rendu visible.

C’est précisément à ce moment-là que le rôle du moteur de recherche devient central : non pas comme simple outil, mais comme intermédiaire de confiance dans la prise de décision.

Google comme filtre de confiance implicite

Pourquoi les patients délèguent le tri à Google

Lorsqu’un patient effectue une recherche en ligne, il ne se perçoit pas comme étant en train de comparer méthodiquement des praticiens. Il délègue, de manière implicite, une partie du tri au moteur de recherche. Google devient un intermédiaire, chargé de proposer des résultats jugés pertinents, fiables et acceptables.

Cette délégation repose sur une expérience quotidienne : pour une multitude de questions pratiques, les premiers résultats affichés sont le plus souvent satisfaisants. Le patient transpose naturellement cette confiance au domaine du soin, sans forcément en avoir conscience.

Pertinence perçue de l’algorithme et sentiment de sécurité

La confiance accordée à Google ne repose pas sur la compréhension de son fonctionnement, mais sur son efficacité perçue. Si les réponses proposées sont régulièrement pertinentes, l’outil acquiert une forme de légitimité silencieuse.

Dans un contexte où le patient est souvent en situation de doute ou de vulnérabilité, cette pertinence perçue joue un rôle rassurant. Les premiers résultats apparaissent comme des options “validées” par le système, réduisant l’incertitude liée au choix d’un thérapeute que l’on ne connaît pas encore.

Concurrence élevée et sélection automatique des résultats “acceptables”

Le champ des pratiques de soin est aujourd’hui fortement concurrentiel, en particulier dans les zones urbaines. Cette densité renforce le rôle de filtre du moteur de recherche. Lorsqu’un grand nombre de praticiens proposent des accompagnements comparables, il devient peu probable que les premiers résultats affichés soient inadaptés au besoin formulé.

Dans ce contexte, Google ne sélectionne pas “le meilleur thérapeute”, mais opère une première réduction du champ des possibles. Les résultats visibles sont perçus comme suffisamment pertinents pour mériter l’attention du patient. Les autres, bien que potentiellement compétents, sortent du champ de la décision simplement parce qu’ils ne sont pas visibles.

C’est sur cette base que se construit la suite du choix : non pas dans l’ensemble des praticiens existants, mais dans un espace restreint, déjà filtré.

Les 3 premiers résultats concentrent l’essentiel de l’attention

68 % des clics captés par les trois premières positions

Les chiffres confirment ce que l’observation empirique laissait déjà entendre : les trois premiers résultats concentrent à eux seuls 68 % des clics. Autrement dit, plus de deux recherches sur trois s’arrêtent très tôt dans la page de résultats.

Ce comportement n’est pas lié à une paresse intellectuelle du patient, mais à une logique d’efficacité. Lorsque plusieurs propositions apparaissent immédiatement comme pertinentes, le coût cognitif de continuer à chercher devient inutile. Le patient estime — souvent à raison — que la réponse se trouve déjà là.

La logique du “suffisamment pertinent” plutôt que du “meilleur possible”

Le patient ne cherche pas le thérapeute objectivement parfait, mais une solution suffisamment adaptée à sa situation. Dès lors que plusieurs résultats semblent correspondre à sa demande, la recherche s’arrête.

Cette logique est centrale : le choix ne repose pas sur une comparaison exhaustive, mais sur un seuil de satisfaction. Les premiers résultats franchissent ce seuil. Les suivants, même compétents, n’entrent plus réellement dans le champ de la décision.

Dans un contexte de forte concurrence entre praticiens, cette dynamique renforce mécaniquement l’importance des premières positions.

Pourquoi les patients comparent peu au-delà de ces résultats

Comparer au-delà des trois premiers résultats suppose un effort supplémentaire : ouvrir plusieurs sites, analyser des discours parfois proches, tenter de distinguer des pratiques qui se ressemblent. Or, dans la majorité des cas, cet effort n’apporte pas de gain perçu.

Le moteur de recherche a déjà opéré un premier tri. Le patient s’appuie sur ce filtre et accepte implicitement que les options visibles soient suffisamment fiables. La décision se construit donc dans un espace restreint, non par manque d’intérêt, mais par rationalité.

Cette concentration de l’attention explique pourquoi la visibilité en tête des résultats n’est pas un détail technique, mais un facteur déterminant du choix.

Le premier résultat comme point de bascule de la décision

Près d’un tiers des appels captés par la première position

Parmi les trois premiers résultats, le premier occupe une place à part. Les données montrent que le premier résultat capte à lui seul près d’un tiers de l’ensemble des appels. Ce chiffre marque un seuil : il ne s’agit plus seulement d’attention, mais de passage à l’action.

Être premier ne signifie pas être objectivement supérieur aux autres praticiens. Cela signifie être le plus immédiatement accessible au moment où la décision se forme. Dans un contexte de recherche locale, cette accessibilité pèse lourd.

Visibilité maximale et effet de légitimité implicite

La première position bénéficie d’un effet de légitimité implicite. Le patient ne se dit pas nécessairement que ce praticien est “le meilleur”, mais qu’il est probablement un choix sûr. Cette nuance est importante.

La visibilité maximale crée un raccourci cognitif : si ce résultat apparaît en premier, c’est qu’il répond correctement à la demande formulée. Le moteur de recherche agit ici comme une autorité silencieuse, validant implicitement la pertinence de la proposition.

Le premier résultat comme choix par défaut rationnel

Dans un univers saturé d’informations, choisir le premier résultat n’est pas un acte irrationnel. C’est souvent un choix par défaut rationnel. Le patient réduit le temps de recherche, limite l’incertitude et accède rapidement à une solution perçue comme acceptable.

Ce mécanisme explique pourquoi la majorité des décisions se prennent très tôt dans le parcours de recherche. Le premier résultat devient un point de bascule : soit il convient, et la recherche s’arrête ; soit il ne convient pas, et l’attention se reporte alors sur les deux résultats suivants.

Dans tous les cas, la décision se construit dans un espace extrêmement restreint.

Ce que ces chiffres disent réellement du choix des patients

Le patient ne “choisit pas Google”, il lui fait confiance

Les chiffres ne montrent pas que les patients choisissent leur thérapeute à cause de Google, mais qu’ils font confiance au cadre que Google leur propose. Le moteur de recherche n’est pas perçu comme un acteur commercial, mais comme un outil de tri efficace, presque neutre.

Cette confiance est le résultat d’un usage répété. Dans la plupart des domaines du quotidien, les premiers résultats sont jugés satisfaisants. Le patient transpose naturellement cette expérience au domaine du soin, sans analyser le processus sous-jacent.

Être choisi pour ce qui est visible, clair et accessible

Le choix ne se fait pas sur l’exhaustivité, ni sur une connaissance fine des compétences réelles de chaque praticien. Il se fait sur ce qui est visible au bon moment, compréhensible rapidement et accessible géographiquement.

Autrement dit, le thérapeute n’est pas choisi pour ce qu’il est en profondeur, mais pour ce qu’il rend lisible dans un espace de décision très contraint. La clarté de la proposition, plus que la singularité personnelle, devient déterminante.

Pourquoi l’absence des premiers résultats équivaut souvent à une absence de choix

Être absent des premiers résultats ne signifie pas être incompétent. Cela signifie, dans les faits, ne pas entrer dans le champ de la décision. Pour la majorité des patients, ce qui n’apparaît pas rapidement n’existe tout simplement pas au moment du choix.

Ce constat n’est ni une critique des patients, ni une injonction à la performance. Il décrit un fonctionnement réel, observable, structuré par des contraintes de temps, d’attention et de confiance.

Comprendre ce mécanisme, c’est comprendre que la visibilité en ligne ne relève pas de la notoriété ou de la séduction, mais d’un enjeu beaucoup plus simple : être présent là où la décision se prend réellement.

CONCLUons

Le choix d’un thérapeute sur internet n’est ni mystérieux, ni irrationnel. Il obéit à une logique simple, largement documentée, et profondément ancrée dans les usages contemporains. Dans la majorité des cas, le patient ne cherche pas une personne à admirer ou à suivre, mais une solution accessible, ici et maintenant, à un problème identifié.

Les chiffres le montrent clairement. La recherche commence en ligne, se concentre très rapidement sur un nombre restreint de résultats, et se transforme en décision sans que le patient n’ait le sentiment de “choisir parmi des dizaines d’options”. Le moteur de recherche joue alors un rôle central : non pas comme prescripteur, mais comme filtre de confiance. Il réduit la complexité du réel, hiérarchise les propositions, et rend la décision possible.

Ce fonctionnement n’est ni un défaut du système, ni une faiblesse du patient. Il est au contraire une réponse rationnelle à un environnement saturé d’informations et de professionnels compétents. Lorsque la concurrence est élevée, il devient peu probable que les premiers résultats proposés soient inadaptés. Le patient s’appuie donc sur ce cadre, implicitement, pour avancer.

Comprendre cela permet de sortir de nombreux malentendus.
La visibilité en ligne n’est pas une question d’ego, de notoriété ou de séduction. Elle n’implique pas de “se vendre”, ni de se transformer en créateur de contenu permanent. Elle renvoie à quelque chose de beaucoup plus sobre : être présent et lisible là où la décision se prend réellement.

Ce constat pose néanmoins une série de questions plus profondes, que cette page n’a fait qu’effleurer.
Comment se rendre visible sans dénaturer sa pratique ?
Que signifie “proposer une solution” lorsqu’on exerce une thérapie non conventionnée ?
Comment parler de son accompagnement sans tomber dans la promesse, ni dans l’illégalité ?
Et surtout, comment traduire une pratique complexe, souvent relationnelle et subjective, dans un espace aussi contraint que celui des résultats de recherche ?

C’est précisément à ces questions que les articles suivants s’attacheront.
Non pour apporter des recettes rapides, mais pour déplier les mécanismes, clarifier les enjeux et permettre aux thérapeutes de comprendre avant d’agir.