Google ouvre ses résultats locaux à d'autres plateformes : ce que le DMA change pour les indépendants

Depuis quelques jours, une recherche comme « supermarché à Nice » ou « banque à Paris » ne fait plus seulement apparaître le bloc habituel de Google avec sa carte et ses trois fiches. Un second encart s’affiche, au-dessus ou en dessous, alimenté par une autre entreprise : Partoo, une plateforme française de gestion de fiches d’établissement. C’est Sébastien Blum, responsable des solutions chez Partoo, qui l’a montré sur LinkedIn le 6 octobre 2026.

Ce changement découle d’une obligation imposée à Google par l’Union européenne. Il ne touche pas tous les commerces de la même façon. Nous avons regardé ce que Google a réellement publié, puis ce que cela signifie pour les métiers que nous accompagnons au quotidien chez Podiom.

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Ce qui se passe : le DMA oblige Google à faire de la place

La règle. Le Digital Markets Act (DMA) est un règlement européen qui encadre les très grandes plateformes. Son article 6, paragraphe 5, interdit à Google de classer ses propres services plus favorablement que des services équivalents proposés par d’autres. Or le bloc local de Google (la carte et les fiches) est l’un de ses propres services.

La sanction. Le 23 juillet 2026, la Commission européenne a infligé à Google une amende de 460 millions d’euros pour avoir favorisé ses propres résultats sur le shopping, l’hôtellerie, le transport et le sport. Google disposait de 60 jours pour se mettre en conformité.

La réponse de Google. Le 8 septembre 2026, Google a modifié sa page de résultats dans l’Espace économique européen (l’Union européenne, l’Islande, le Liechtenstein et la Norvège). Nick Fox, vice-président senior de Google, a déclaré à Reuters que ces changements dégradent l’expérience des Européens au profit des intermédiaires et au détriment des commerces locaux. Google les présente comme la plus forte baisse de qualité de son moteur en 29 ans. Hors d’Europe, rien ne change.

Les deux nouveaux encarts. La documentation officielle de Google (Google Search Central) décrit deux formats :

  • l’unité agrégateur : un encart réservé aux plateformes qui recensent des établissements (comparateurs, sites de réservation, annuaires). Une seule plateforme est mise en avant par défaut, et l’internaute peut basculer vers une autre ;
  • l’unité fournisseur : un encart réservé aux entreprises elles-mêmes, qui s’appuie sur leur site web. Il n’apparaît que si l’unité agrégateur est affichée.

Au départ, ces encarts concernaient l’hôtellerie, les vols, les trains et les produits. Le 18 septembre 2026, Google a ajouté une ligne à sa documentation : ils prennent désormais en charge les recherches d’établissements locaux. Dans sa documentation destinée aux plateformes, Google précise viser la restauration, les services (avec l’exemple des salons de beauté) et les loisirs.

Ce que Google ne dit pas. Aucune page officielle ne mentionne les fiches d’établissement ni le bloc local habituel. Google ne publie pas non plus la liste des plateformes validées, ni la fréquence d’apparition de ces encarts. Enfin, Google Maps n’est pas concerné : seule la recherche Google l’est.

L’impact pour les indépendants locaux, métier par métier

Un encart tiers n’apparaît que si une plateforme validée par Google couvre le métier avec suffisamment d’établissements et lui transmet leurs données (nom, adresse, téléphone, catégorie, photos). La question à se poser pour chaque activité est donc simple : existe-t-il une plateforme qui recense déjà tous les professionnels de ce métier ?

Les artisans

Aucun changement n’est documenté à ce jour sur des recherches comme « électricien Paris 11 » ou « plombier Morlaix ». Pourtant, la documentation de Google sur l’unité fournisseur cite explicitement un prestataire de plomberie comme exemple d’entreprise concernée. Les artisans ne sont donc pas exclus par principe. Il faudrait qu’un annuaire ou un comparateur de devis transmette à Google un flux complet d’artisans pour que l’encart se déclenche sur ces recherches.

Les agents et conseillers immobiliers

C’est le métier le moins exposé à court terme. Les grands portails immobiliers recensent des biens à vendre, pas des agents. Une recherche « agent immobilier Beaune » reste une recherche de personne, que le bloc local de Google sert bien. Un annuaire d’agents pourrait se positionner, mais aucun ne couvre aujourd’hui les mandataires indépendants de façon exhaustive.

Les thérapeutes et praticiens bien-être

C’est le cas le plus exposé à moyen terme. Les plateformes de prise de rendez-vous du secteur recensent déjà des milliers de praticiens, avec adresse, spécialité et disponibilités. Elles ont exactement le profil que Google demande. Si l’une d’elles est validée, une recherche « hypnothérapeute Lyon » pourrait afficher son encart, avec ses propres praticiens, à côté du bloc local.

Les instituts et salons d’esthétique

Google cite lui-même les salons de beauté parmi les services visés par ces encarts. Les plateformes de réservation beauté (Planity en tête en France) rassemblent déjà une grande partie des instituts. C’est l’un des métiers où l’encart a le plus de chances d’apparaître rapidement. Un institut absent de la plateforme mise en avant risque de perdre de la visibilité sur les recherches « institut de beauté + ville ».

Les restaurants

La restauration est la catégorie la plus clairement visée : Google la nomme en premier dans sa documentation destinée aux plateformes. Les sites de réservation de table et les applications de livraison recensent déjà la quasi-totalité des restaurants d’une ville. Pour un restaurateur indépendant, le risque est double : moins de visibilité pour sa propre fiche, et des clients orientés vers une plateforme qui prélève une commission.

Exemple 1 : un supermarché Carrefour, via Partoo

Prenons une recherche « supermarché à Nice ». Carrefour a fait appel à Partoo pour gérer les fiches Google de ses magasins, qui centralise les informations de chaque point de vente (adresse, horaires, offres). Partoo revendique 1 200 enseignes clientes et 400 000 points de vente, et transmet ces données à Google pour alimenter son propre encart.

Résultat : sur cette recherche, l’internaute voit un bloc Partoo qui liste les supermarchés de ses enseignes clientes, en plus du bloc local de Google. Carrefour y gagne une seconde vitrine sans effort supplémentaire. Le supermarché indépendant du quartier, qui ne passe pas par Partoo, n’apparaît que dans le bloc de Google.

Cet exemple montre qui profite de la nouvelle règle aujourd’hui : les réseaux de dizaines ou de centaines de points de vente, assez gros pour payer un outil de gestion multi-sites. Pour un indépendant seul, l’abonnement à ce type d’outil n’a pas de sens économique.

Exemple 2 : un restaurant indépendant face à Uber Eats

Prenons maintenant une pizzeria indépendante à Lyon, et une recherche « pizzeria Lyon 4 ». Google n’a pas publié la liste des plateformes validées pour la restauration. Le scénario suivant reste donc une projection, mais il correspond exactement au fonctionnement décrit dans la documentation.

Une application comme Uber Eats recense déjà des milliers de restaurants à Lyon, avec adresse, catégorie et photos. Si elle est retenue, son encart s’affiche en haut de la page avec une sélection de pizzerias. Un clic dans cet encart mène vers Uber Eats, pas vers le site ni la fiche du restaurant. La commande passée par ce biais supporte une commission prélevée par la plateforme.

Pour la pizzeria, deux situations se présentent :

  • elle est sur Uber Eats : elle reste visible dans l’encart, mais une partie des clients qui la trouvaient gratuitement via sa fiche Google passe désormais par un intermédiaire payant ;
  • elle n’y est pas : elle disparaît de l’encart le plus visible et ne compte plus que sur le bloc local de Google et sur l’unité fournisseur, qui repose sur son propre site web.

C’est précisément ce que Google reproche à la règle : selon l’entreprise, les précédents ajustements liés au DMA ont déjà fait baisser d’environ 30 % le trafic direct et gratuit vers les entreprises européennes qui prennent des réservations.

Ce que nous surveillons chez Podiom

Pour l’instant, les indépendants que nous accompagnons (artisans, conseillers immobiliers, thérapeutes) ne voient pas ces encarts sur leurs recherches. La fiche Google reste le premier levier de visibilité locale, d’autant que Google Maps n’est pas concerné. Les instituts de beauté et les restaurants sont en revanche les plus proches d’un changement.

Nous suivons trois points sur les fiches de nos clients : l’apparition d’un encart tiers sur leurs mots-clés suivis, la plateforme mise en avant le cas échéant, et l’état de leur site web, puisque l’unité fournisseur s’appuie sur ce que Google peut lire sur le site et non sur la fiche.

Sources

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